Télé ou réalité ?? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
La télé-réalité vire à l'affaire d'espionnage entre TF1, Endemol France et M6. La rivalité entre deux chaînes de télévision, TF1 et M6, autour du filon des émissions de télé-réalité, connaît un épisode spectaculaire : une enquête judiciaire sur des soupçons d'espionnage. Une enquête qui a conduit en perquisition les enquêteurs de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) jusqu'au cabinet de l'ancien patron de la police judiciaire parisienne, Olivier Foll, le 9 septembre, comme l'ont révélé Le Journal du dimanche et Le Parisien Dimanche, datés du 19 septembre.
Une perquisition a été conduite, le 9 septembre, au cabinet d'Olivier Foll, un ancien directeur de la police judiciaire parisienne.

A l'origine de l'affaire, en mars, se trouve une plainte contre X... pour "corruption" déposée par M6. Selon la direction de la chaîne, un de ses employés, appartenant à une société de nettoyage chargée de l'entretien des studios d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où devait alors se tourner le nouveau programme de télé-réalité appelé "Les colocataires", a été contacté par un individu lui proposant près de 5 000 euros. En échange, il lui était demandé de tourner une vidéo du plateau de tournage, afin d'avoir une idée précise du dispositif adopté et savoir s'il sera différent de celui de l'émission précédent, "Loft Story". Le salarié fait semblant d'accepter mais prévient sa direction. Au lieu de dénoncer les faits, M6 décide d'en apporter la preuve. L'employé est chargé de remettre la cassette, en échange de l'argent, sous l'oeil d'une caméra cachée. M6 n'a porté plainte que le 30 mars.

DÉTECTIVE PRIVÉ

Les enquêteurs de la BRDE établissent rapidement que l'étrange corrupteur appartient à un cabinet de détectives privés travaillant pour So Nice, une filiale d'Endemol France. Cette société est justement chargée de lancer sur TF1 une émission de télé-réalité, "La ferme des célébrités". Des perquisitions sont conduites au siège d'Endemol France et ses principaux responsables sont entendus.

Louis Vialaneix, directeur de So Nice, le détective corrupteur et son employeur sont placés en garde à vue puis mis en examen par le juge d'instruction Jean-Marie d'Huy. Louis Vialaneix aurait reconnu faire appel occasionnellement à des détectives, afin de connaître le recrutement des candidats par la concurrence, mais a réfuté toute tentative d'espionnage d'un plateau. Les trois hommes ont été remis en liberté, sous contrôle judiciaire.

L'hypothèse d'une manipulation orchestrée par M6 a été évoquée, la chaîne aurait cherché à tirer profit de l'affaire en gonflant sa véritable dimension. Le nom de l'auteur de cette opération supposée était alors cité : Olivier Foll, ancien directeur de la police judiciaire parisienne, reconverti dans les enquêtes privées et l'information industrielle, dont la fin de carrière policière avait fait du bruit.

Le 27 juin 1996, le juge Eric Halphen, chargé d'instruire les affaires de fausses factures des HLM de Paris, avait demandé l'assistance de trois policiers pour procéder à une perquisition au domicile de Jean Tiberi, député et maire de Paris. M. Foll leur avait alors donné l'ordre de ne pas participer à la perquisition. L'implication d'Olivier Foll reste assez mystérieuse. Pour certains, l'ancien patron de la PJ aurait effectué des missions pour le compte d'Endemol. D'autres, au contraire, rappellent ses liens avec Suez, l'ex-actionnaire de référence de M6.

Guy Dutheil et Piotr Smolar

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.09.04
 

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